L'IMAGINAIRE EROTIQUE AU JAPON

 

Ordre de Mission

 
Dimanche 17 décembre 2006
Article publié dans Marquis N°40 (magazine allemand de mode latex publié  en deux langues et distribué dans 40 pays), décembre 2006.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : L'Imaginaire Erotique au Japon
Dimanche 17 décembre 2006
Le Journal du dimanche, pages cadeaux, 17 décembre 2006.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : L'Imaginaire Erotique au Japon
Jeudi 14 décembre 2006
L'Humanité, page "spécial cadeaux", 14 décembre 2006
par Copyright : Agnès Giard publié dans : L'Imaginaire Erotique au Japon
Lundi 4 décembre 2006
Makoto Aida est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.
Il est né le 4 octobre 1965


Diplômé des beaux-arts de Tokyo en 1989, Makoto Aida se distingue très vite par son goût pour la provocation. C’est d’ailleurs à la provocation qu’on reconnaît son œuvre, car Makoto revendique l’absence totale de style : passant librement de la peinture à la vidéo, du manga à l’installation, du bodypainting à l’affiche de film (Charisma de Kiyosi Kurosawa), ce « bad boy » des galeries d’art contemporaines multiplie les attentats aux bons goûts avec un sens radical de la critique.
On le connaît surtout pour ses tableaux de jeunes Japonaises amputées, nues, tenues en laisse comme de gentilles chiennes de compagnie. On le connaît aussi pour sa « fausse machine à suicide », son château de cartons pour les SDF de Shinjuku ou sa vidéo de masturbation devant des kanji signifiant « Idée d’une jolie femme »…
A la Mizuma Art Gallery, les critiques d’art s’étonnent toujours de trouver d’inépuisables matières à scandale dans les expositions de leur enfant maudit : Makoto peint par exemple un Mickey sous acide d’1,5 mètres qui sodomise Minnie, surmontée d’un logo Disney marqué en kanji de la phrase suivante : « Copyright? F---k it! Venez me chercher si vous osez ». Sarcastique, il dessine aussi des mangas ou des posters aux slogans ironiques, volontairement griffonés, imprégnés de mort et de sexe : un écolier poignarde une camarade de classe… Une super-collégienne style Sailor Moon se bat contre une armée de yankee violeurs aux pénis géants… 
Associé à la culture otaku, son art reflète de manière absurde un monde qui a divorcé de la réalité pour rejoindre l’univers virtuel des BD et des jeux vidéos. Il refait l’histoire à l’envers. Dénonçant à la fois les nationalistes et les otakus (ceux qui rêvent de leur grandeur phallique passée et ceux qui vivent par procuration de glorieuses aventures sexuelles), il représente dans sa série "War Picture Returns" les célèbres zéros (les avions qui ont anéanti Pearl Harbour) lacher leur tapis de bombes sur un New York dévasté. Parodiant les images de propagande impérialiste de 1945, il exorcise l’humiliation de la défaite dans des œuvres qui montrent le Japon comme une jeune fille violée en quête de vengeance.
Et comme il n’aime pas plus le nouvel ordre mondial, il propose aussi la création d’un « Urakokuren » (Nations-Unies de l’envers), constitué uniquement de baka (idiots), sans oublier les alcooliques, les pervers et les violeurs. Quand je le rencontre à la Mizuma Art Gallery (à Nakameguro), il expose avec sa femme Hiroko Okada de grands panneaux réalisés avec l’aide de leur petit garçon, Torajiro, alors âgé d’à peine trois ou quatre ans… Encore un pied de nez à l’art contemporain. Contrairement aux critiques d’art, je ne le trouve pourtant ni révolté, ni sarcastique, ni même rien du tout de ce que j’attendais.
Il dit seulement qu’il a beaucoup souffert, adolescent, de sa timidité maladive qui l’empêchait d’avoir une petite copine. Et que tout ce qu’il a fait, c’était juste pour vaincre sa timidité.
Son manga Mutant Hanako a été traduit en Français par les éditions du Lézard noir.

Plus d'images et d'infos sur Makoto Aida : ici.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
Dimanche 3 décembre 2006
Shima takashi est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.

Il est né le 25 juillet 1955 à Yokohama

Designer graphique et directeur artistique dans l’édition, Shima Takashi est l’héritier en droite ligne de Tanizaki, avec qui il partage le goût pour des objets très simples – les bols de café par exemple, dont il fait une collection – et surtout pour les beautés japonaises classiques.
Il les photographie visage caché, dans l’ombre, ou derrière des écrans, afin de ne mettre en valeur que leurs pieds et leurs jambes, à la blancheur douce, presque palpitante. Ses photos font d’ailleurs irrésistiblement penser à ce très court roman de Tanizaki qui s’intitule Le pied de Fumiko :
« Il peut paraître étrange de parler d’expression à propos d’un pied, mais pour ma part, je pense qu’un pied n’est pas moins expressif qu’un visage (…) le sien faisait penser à un petit oiseau effrayé qui gonfle ses poumons, replie ses ailes et se prépare à l’envol ».
Quand Junichiro Tanizaki écrit Le pied de Fumiko (en 1919), il a parfaitement conscience d’aborder un thème scandaleusement nouveau au Japon : le fétichisme. Tanizaki découvre le fétichisme en lisant l’ouvrage de Krafft Ebbing – (Psychopathia Sexualis, 1886) – qui marquera profondément son œuvre…
Comme Tanizaki, Shima Takashi découvre avec surprise qu’il est un fétichiste des pieds. Ou, plus précisément, du bas du corps, parce qu’au Japon c’est par la moitié inférieure de leur corps que les femmes s’expriment avec le moins de retenue : dans cette culture qui leur impose un contrôle parfait du visage et du buste, les émotions et les pulsions passent par le bas. Quand une femme se suicide, elle s’attache d’ailleurs les cuisses afin que dans l’agonie ses jambes ne s’écartent pas violemment.
Fétichiste du bas du corps, Shima Takashi s’inscrit d’abord dans la tradition du magazine Bizarre (créé en 1946 par le père fondateur du fétichisme, John Willie) et fait longtemps des clichés de femmes portant bas-coutures, talons-aiguilles et porte-jarretelles… Il les choisit pourtant bien différentes de l’esthétique américaine : « Je préfère le corps traditionnel des Japonaises, dit-il. Je n’aime pas les bimbos à la taille de guêpe et aux seins énormes. Je préfère les femmes potelées, à la peau laiteuse, mystérieuses et pudiques. Elles sont plus excitantes pour moi, parce que plus animales : il y a de l’animalité dans le silence dont s’entourent ces femmes. »
Shima Takashi fait de la photo depuis 1990, en amateur amoureux. Il publie son premier livre d’art « Legs collection » aux éditions Seikyu-sha en 1995 et expose ses œuvres pour la première fois en 1997 à la galerie Lavie. Son deuxième livre « Legs » est édité en 1998 par Bunka-sha et sa deuxième exposition a lieu à la galerie Vanilla en 2004 sous le titre « Wabi sabi ». Longuement décrit par Tanizaki dans Eloge de l’ombre, le mot sabi qui signifie "rouille", "patine", puis par extension "goût pour le naturel et le sentiment du passage du temps sur les choses" – exprime la quintessence de l’art de Shima Takashi. Il compose ses images dans des tonalités nostalgiques, pour transmettre des « choses non-dites ».

Plus d'images et d'infos sur Shima Takashi : ici.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
Samedi 2 décembre 2006
Miyabi Kyudu est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon

Il est né le 24 mai 1957
Auteur de manga, illustrateur numérique et nawashi (artiste de la corde),  ce dandy  nostalgique de l'ère Edo expose régulièrement à la Galerie d'art Vanilla, à Tokyo, des photos retravaillées sur ordinateur qui mettent en scène une femme - au visage rappelant souvent celui de Naomi Tani (star de la Nikkatsu) - ligotée et livrée à un homme - au visage rappelant souvent celui de Miyabi lui-même. Le décor (tatami, panneaux coulissants), les kimonos et les chignons à l'ancienne transposent ces scènes de bondage érotique dans un Japon féodal dominé par le Bushido. Pour Miyabi, le Bushido est un système de valeur basé sur la honte. La honte, pire que la mort. La honte, dont il a fait le moteur de sa libido.
Ses héroïnes, le visage traversé par la honte, dégagent un érotisme aussi brûlant qu'une morsure d'amour-propre. Miyabi Kyudu les représente dans des postures humiliantes et se régale de leurs émotions, mélange de révolte, de plaisir et de souffrance,  qui sont  pour lui l'expression même de la beauté classique japonaise : la beauté des choses fêlées et salies, vantée par Tanizaki dans Eloge de l'ombre. 
Miyabi Kyudu m'a dit une fois qu'il était "nationaliste", et - si l'on enlève à ce mot sa connotation xénophobe - elle me paraît en effet assez juste : Miyabi fait partie de ces artistes très soucieux de préserver ce qui rend à leurs yeux la femme japonaise si extraordinairement attirante. Un corps ramassé, aux jambes courtes, à la taille peu marquée, à la peau crayeuse. Un corps idéal pour les noeuds, dont Miyabi dit que, sans eux, les Japonais ne seraient pas ce qu'ils sont. "Pour être Japonais, il faut apprendre les noeuds, dit-il. Car le vêtement japonais - le kimono - ne tient qu'avec des noeuds. Et toute notre culture repose sur l'art d'envelopper, au moyen de cordes, de tissus ou de mots. La poésie japonaise elle-même repose sur l'art des mots-noeuds et la religion japonaise est une religion de liens tissés aux cours de nos vies, antérieures ou à venir, avec tout ce qui nous entoure."

















Miyabi Kyudu m'a dit qu'il détestait Godzilla, les poupées, les mangas et toutes ces séries-TV issues de la pop-culture actuelle. Il cultive l'image surranée d'un esthète à la Kawabata, armé d'un éventail qu'il déplie avec une science étudiée (d'un coup sec et chic), et d'une petite paire de lunettes rondes derrière laquelle ses yeux critiques pétillent.

Plus d'images et d'infos sur Miyabi Kyudu : ici.
Vendredi 1 décembre 2006
Article publié le 1er décembre 2006, sur une pleine page, dans le magazine Libération.

"Un traité minutieux et foisonnant sur l'érotisme japonais.
LE JAPON AD LIBIDO
Par Ange-Dominique BOUZET

Significativement androgyne et entravée, la vanité nue et fleurie (signée Takato Yamamoto) qui orne ce traité de l'érotisme japonais attise si vite le désir d'effeuiller les pages qu'on omet facilement de noter son ambiguïté. Qu'importe ! Le livre s'ouvre sur tout, tout, tout ce que l'on n'irait jamais imaginer des mille et une facettes de la sexualité nippone.
Un archipel de singularités et de fétichismes paradoxaux, où le négoce des petites culottes sales fait pendant aux exercices de lacération d'uniforme et aux exhibitions de sumo sexy, comme aux shows de vomis et aux strip-teases génitaux. Le modèle féminin s'y exalte dans une puérilité exacerbée, sur fond de virilité en déroute. Parallèlement à la vidéo, le manga érotique y oeuvre à tous les niveaux, pour tous les goûts et tous les âges, y compris adolescents. La prostitution y est prohibée mais s'y épanouit à la grâce des téléphones portables ou des fuzokus qui ont pris le relais des anciens quartiers de plaisir. Le bondage (shibari) y relève d'un art démocratisé. L'industrie des ustensiles y fleurit sous forme de canettes à dépuceler (usage unique), oreillers de chair (en silicone) et autres «épouses de voyage» petit modèle, à ne pas confondre avec les love-dolls grand format, ni avec la vogue des poupées d'expression. Proliférations de tentacules et onomatopées aquatiques tissent un univers hanté par les fantasmes de viols monstrueux.
«Stimuler l'imagination». Au-delà du bric-à-brac saugrenu et pléthorique des fétichismes qu'elle répertorie, c'est bien, cependant, l'imaginaire singulier d'une civilisation qu'interroge Agnès Giard, à qui on doit déjà un Sexe bizarre paru en 2004 au Cherche Midi. «Au Japon, le monde invisible prime sur la réalité, explique-t-elle. Dès l'âge classique, les hommes fantasmaient sur des femmes qu'ils ne voyaient jamais. Les femmes de la noblesse, environnées d'écrans, dérobaient leur visage derrière leur manche, comme derrière leur maquillage. Cette culture du masque se répercute encore dans l'inexpressivité idéale de la face féminine. Dès lors, ce qui importe c'est la fêlure : l'émotion, synonyme d'orgasme. La pornographie se joue plus autour du visage que des gros plans génitaux. Le primat du textile règne, dont les replis renvoient à ceux des muqueuses. Il est plus intéressant de traquer la vision d'un fond de culotte qu'une fente nue. Les caches n'ont pas pour objet de dissimuler l'obscène, mais de stimuler l'imagination : ils relèvent moins de la censure que de l'aphrodisiaque.»
Fête iconographique. Aucun résumé ne saurait, de ce point de vue, rendre justice à l'inventaire minutieux des moeurs japonaises qu'elle déroule. Dense, varié, infiniment détaillé (et agrémenté de glossaires circonstanciés), son texte part du plus actuel et du plus trivial pour embrasser la totalité de l'histoire culturelle japonaise en même temps que les avatars de la scène créatrice d'aujourd'hui. La fête iconographique est somptueuse : limitées aux citations essentielles, les estampes «classiques» y cèdent la place aux images contemporaines : les mangas  du plus soft au plus hard , les poupées sexuées, le cinéma, la vidéo, la création digitale, les shows live et les détournements kitsch de l'imagerie classique. Pour s'y retrouver dans ce foisonnement, les illustrateurs sont présentés en fin d'ouvrage avec liste de galeries à la clé. L'ensemble, brassant indissociablement le passé et le présent, interroge les tenants et les aboutissants d'une culture qui marie sans rémission la morbidité à l'érotisme et le plaisir à l'humiliation."
par Copyright : Agnès Giard publié dans : L'Imaginaire Erotique au Japon
 

Post It


Ca y est, la troisième impression (3000 ex) vient de sortir en librairie.
La seconde édition (2500 exemplaires) était épuisée depuis juillet 2007.
La première édition (5000 exemplaires) s'était envolée trois mois après la sortie du livre.

En Mai 2008, la Maison des Metallos (un grand centre culturel tout nouveau tout beau, que la mairie de Paris ouvre près d'Oberkampf) consacre une exposition majeure aux artistes du livre : on pourra découvrir leurs oeuvres originales et leurs dernières créations.

En décembre 2007,
Le LIFE (Lieu International des Formes Emergentes), centre d'art à St Nazaire,
organise une soirée sur l'érotisme japonais, avec une projection du court-métrage de Xavier Brillat
- une séance de shibari de Yukimura-san -, suivie d'une discussion avec Agnès Giard
et Christophe Wavelet (le directeur du LIFE)
illustrée d'extraits de films japonais

Cont@ct

shijin@free.fr
 
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