L'IMAGINAIRE EROTIQUE AU JAPON

 

Ordre de Mission

 
Jeudi 4 janvier 2007
"C'est l'année du sanglier en 2007, m'annonce Kiyaoki Kanai. Et si on rêve d'une aubergine, avec le Mont Fuji et un Taka (un épervier), c'est signe de bonheur pour l'année à venir".

Kiyoaki Kanai est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.

Il est né le 2 décembre 1957
D’origine modeste, Kiyoaki travaille d’abord dans une imprimerie puis se lance dans la peinture en autodidacte. Pour gagner sa vie, il produit de façon presque industrielle des packagings de jeux vidéos, des couvertures de romans d’horreur, des affiches de films historiques, des couvertures de magazines populaires. Son art est populaire, épique, visuellement frappant.
Pour ne pas perdre sa clientèle (également constituée de banques et d'entreprises qui lui font faire leurs images publicitaires), Kiyoaki Kanai refuse que je le photographie. Il cache son visage et réalise toutes ses oeuvres érotiques sous pseudonyme. Il a emprunté son nom d'artiste à un héros de Mishima, "un beau garçon" dit-il timidement.
Quand je le rencontre dans la partie populaire de Shimokitazawa, où il vit, Kiyoaki Kanai porte un costume gris, rigide, avec le col boutonné, et me fait penser à un manutentionnaire. "J'ai dû gagner ma vie très tôt, explique-t-il et ce travail dans l'imprimerie était un travail physique très dur, très épuisant. Pendant des années, j'ai vécu pauvrement, jusqu'au jour où je me suis dit que ça ne servait à rien de continuer comme ça. Je me suis mis à faire de la peinture, comme illustrateur et graphiste, en m'inspirant de la culture populaire, des Kaiju eiga (films style Godzilla) : des filles géantes en bikini qui se battent contre des monstres." Kiyoaki souligne avec humour que ses images de catastrophe ont toujours beaucoup de succès, "peut-être parce qu'elles donnent un sentiment de liberté. La catastrophe, ça plait beaucoup aux Japonais. C'est comme les films de Takeshi Kitano (qui était lui aussi un auto-didacte) : ni dieu, ni morale. On peut tout casser. Le système confucéen est trop rigide". Kiyoaki semble cependant  éprouver une gène intense quand je lui parle de "défoulement". Son visage se crispe à ce point que je dois rapidement passer à un autre sujet : son père.
"Mon père fabriquait des katana à Kyushu. Pendant la seconde guerre mondiale, il a reçu beaucoup de commandes de l'armée ! Et après la défaite, il a dû changer de métier. il est devenu charpentier et il a caché à tout le monde le secret de son passé honteux. J'avais 20 ans quand il a m'a dit la vérité et quand il m'a montré des katana. C'est à cause de ça que je m'intéresse à la culture des samouraïs, à Miyamoto Musashi, aux films de Kurosawa".
Son meilleur souvenir : la neige qui tombe sur la mer dans la préfecture de Saga.
Exposé à la galerie d’art Vanilla, publié dans la revue SM Sniper, son talent est enfin reconnu, depuis environ 5 ans.

Voici l'image qu'il ma donnée de lui, pour remplacer le portrait que je voulais en photo.
Plus d'images et d'infos sur Kiyoaki Kanai : ici.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
Lundi 1 janvier 2007
2007, c'est l'année du sanglier au Japon alors Asaji Muroi souhaite que Inoshishi (le sanglier) nous apporte à tous du bonheur cette année. Et voici son dessin avec les meilleurs voeux !

Asaji Muroi est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.

Il est né le 8 septembre 1946
Au début des années 70, Asaji Muroi – chercheur spécialisé dans la lutte contre le cancer - dessine en cachette des images de femmes à quatre pattes, qui gardent l’entrée des maisons, apportent le courrier et quémandent en vain des caresses… Elles sont nues, ou vêtues d’un pagne, et se font humilier par des Maîtres qui tirent sans ménagement sur leur laisse ou les mettent au piquet devant le facteur et les voisins souriants. Pendant plus de 20 ans, Asaji dessine ces images en secret et les publie sous le manteau dans des revues sado-masos, notamment Kitan Club. "A l'époque, le SM c'était tabou (même maintenant, on n’en parle pas très ouvertement). Cela fait très peu de temps que j’ai avoué mes activités de dessinateur à ma femme et à quelques amis intimes. J'ai  toujours peur qu'on sache que je fais des dessins. Je me sens comme un petit garcon qui pourrait être pris en faute par ses parents. Mais je pense que cette mauvaise conscience est importante pour moi. Il ne faut pas l'oublier. L'acte de dessiner doit rester un cérémonie secrète pour moi."

Maintenant reconnu, et exposé dans la plus célèbre galerie d'art érotique de Tokyo (la Vanilla Galllery), cet artiste au talent immense a la surprise de voir que de nombreux admirateurs s’inspirent de ses femmes-chiens. Même la star de l'art contemporain – Makoto Aida - reprend joyeusement ces fantasmes canins dans des tableaux qui montrent des filles nues appelées « Dog ». Né au Japon en 1946, Asaji Muroi est maintenant à la retraite. Il vit avec sa femme – biologiste de renom - dans un immeuble tranquille de Komagome (à Tokyo) où les animaux sont interdits. Il n’a pas de chien, ni d’enfant. Il travaille depuis 2004 pour la revue SM Sniper, qui lui commande un dessin chaque mois. "Mes outils de travail sont une plume et de l’encre noir. Pour imprimer en couleur, je me sers de photoshop. Je n'ai pas fait les beaux arts. Je sais que mes dessins  sont maladroits. C’est un genre d’Art Naïf. Je dessine mes rêves, mes fantasmes. Chacune de mes images est une scène imaginaire, une longue scène mûrie en moi depuis  que je suis petit." Asaji dit que ses images sont imprégnées par un souvenir d'enfance : celui d'une affiche de cirque qui montrait un phénomène de foire, une femme difforme aux bras et aux jambes raccourcis et seulement capable de se déplacer à quatre pattes. "Sur l’affiche, on l’appelait « Femme-chienne ». J’avais 5-6 ans. Cette image ne m’a jamais quittée. Toutes mes oeuvres reflètent le souvenir nostalgique de mon enfance. J'aime l’époque où le Japon était pauvre. La nostalgie a des choses en commun avec l'érotisme. Je suppose que je dessine les illusions de l'enfance."
Son site internet s'appelle Inuya Aigando (la boutique des chiennes bien-aimées).

Plus d'images et d'infos sur Asaji Muroi : ici.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
Dimanche 31 décembre 2006
Il existe au Japon des spectacles bizarres, inspirés de dessins animés  - les Kigurumi – et qui, détourné par des fans appelés « dollers », consiste à se travestir pour le seul plaisir de l’exhibition. Les fans de kigurumi créent leurs petites tenues avec une passion qui touche au pop-art underground bizarre : ça les excite de se transformer en héroïnes 100% sexy. Pour y parvenir, ils se glissent d’abord dans un collant rose saumon, très moulant. Par-dessus, ils enfilent une cagoule de latex en forme de visage manga. Cette cagoule nommé « animegao » (visage d’animé) a d’ailleurs fini par désigner leur pratique érotique, mélange d’auto-bondage, d’isolation sensorielle et de transfert d’identité. Quand ils passent leur tête dans ce masque, les voilà brusquement dans la peau d’une love-doll ! Ils n’ont alors plus qu’à vivre la vie merveilleuse d’une jolie héroïne aux poses répétées des milliers de fois devant le miroir…

« J’ai toujours rêvé d’être une héroïne de dessin animé. Depuis dix ans, chaque fois que possible, je porte une tenue érotique qui me recouvre de la tête aux pieds. » Sous le nom poétique de Neko Yumekuri (« le chat vêtu de rêve »), X., informaticien de la banlieue de Tokyo,   troque régulièrement son corps d’homme japonais contre celui d’une fille-loup aux grandes oreilles et aux cheveux violets. « Dans cette tenue me voilà transformé en Myu Zakuro, explique-t-il. C’est l’héroïne d’un dessin animé très connu :  Tokyo mew mew. Elle porte toujours des vêtements sexy (j’en ai trente différents !) mais c’est une fille plutôt intello sous ses dehors de pin-ups. Quand je me déguise en Myu Zakuro, les gens me traitent comme si j’étais elle. Ils sont très attirés par moi ! ».

Neko Yumekuri est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.
J'ai fait sa connaissance en septembre 2004, par l'intermédiaire sur internet de Closet Monster, un Américain avec un goût très particulier pour les identités dermiques de rechange. Je n'ai jamais vu le vrai visage de Neko-chan (elle me demande de l'appeler ainsi). "C'est un tabou" dit-elle. Depuis 2006, elle refuse même de participer au Comiket (une des grandes conventions manga, où se réunissent chaque année un millier de cosplayers), car on demande aux membres de sa communauté de venir à visage découvert et de ne se changer qu'une fois à l'intérieur du Tokyo Dome… Crime ! Neko refuse d'apparaitre à découvert, sans son masque. Comme elle, les dollers se réunissent désormais entre eux, lors de soirées qui rassemblent un nombre croissant de créatures de rêve.

Leur but : incarner la petite copine idéale, une fille de celluloïd totalement irréelle. « Ils troquent leur corps de chair et d’os contre une identité imaginaire, un idéal féminin de programme audiovisuel ».
Neko Yumekuri vous souhaite une année 2007 de fiction et de trouble.

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par Copyright : Agnès Giard publié dans : Reportages Japon
Mardi 26 décembre 2006
Suehiro Maruo est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.
Il est né le 28 janvier 1956
Puisant son inspiration dans l’expressionnisme allemand des années 30, l’art décadent de la période Taisho, les romans noirs d’Edogawa Rampo et les Muzan-e (« images d’atrocités »), Suehiro Maruo donne vie aux cauchemars les plus cruels de la psyche japonaise avec une délicatesse et une élégance rare.
Dans La Jeune fille aux camélias (Shojo Tsubaki, 1984) Suehiro Maruo donne notamment naissance à une image dont l'impact sera aussi énorme que surprenant : l'image d'une jeune fille qui se fait lécher le globe de l'oeil.
"Je pensais seulement au film de Bunuel – Un Chien Andalou - dans lequel une femme se fait trancher la pupille au rasoir… J'ai transformé le rasoir en langue". Par pur souci d'originalité et par allusion probablement à Bataille, Maruo dessine donc l’œil, écarquillé d’horreur, d’une jeune fille qui subit cet attouchement atroce.
En France, Philippe Sollers publie dans L'Echo des savanes un article retentissant sur ce phénomène extrême : le léchage oculaire, nouvelle pratique sexuelle déviante.

Au Japon, des revues underground reproduisent en photo cette caresse des muqueuses. L'obession de Maruo pour les  monstres qui cachent leur visage ou les grands brulés recouverts de bandelettes, dont on ne voit qu'un oeil dilaté par la folie, inspire de nombreux photographes érotiques. Maître de l'ero-guro, Suehiro Maruo semble pourtant ignorer les nombreux hommages qu'on lui rend.
Je le rencontre le 24 juillet 2005, dans le quartier populaire d'Asakusa où il vit depuis si longtemps - le quartier des articles funéraires bouddhistes, non loin du temple Senso-ji - grâce à M. Tanemura, le directeur de la Span Art Gallery. Maruo nous emmène dans un café et là, pendant une heure, il répond aux questions sans lever les yeux. Le seul moment où je croise son regard c'est quand je le photographie. C'est un homme timide, introverti et un génie.
Son site internet s'intitule Maruo Jigoku : l'enfer de Maruo.


Oeuvres traduites en Français
Aux éditions Imho : Shojo Tsubaki (le manga).
Aux éditions du Lézard Noir : Exercices d'automne, l'Art du bain japonais, Yume no Q-saku, Vampyre (en deux tomes), Lunatic Lover’s, Shojo Tsubaki (le CD, avec une musique de J.A Seazer - transcription phonétique du nom "Cesar" prononcé à l'anglaise).

Plus d'images et d'infos sur Suehiro Maruo : ici.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
Lundi 25 décembre 2006
Yasuji Watanabe est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.
Il est né le 25 février 1966.
Photographe connu pour son livre "Tokyo Girls" (éditions Reuss), Yasuji travaille, depuis 1990, comme rédacteur en chef de SM Sniper. C'est le premier magazine fetish-SM au monde, en terme de distribution (50 000 exemplaires en vente), mais surtout d'innovation : Yasuji Watanabe met en effet un point d'honneur a y publier la crème des artistes japonais d'avant-garde et commande souvent des oeuvres inédites, publiées exclusivement dans sa revue, afin d'encourager la création contemporaine. Les séries photos les plus extrêmes cotoient donc dans SM Sniper des oeuvres énigmatiques, expérimentales ou bizarres.
Les plus bizarres sont d'ailleurs sans conteste les photos mêmes de Yasuji qui publie chaque mois un portfolio de clichés décalés montrant des jeunes filles habillées en poupée, le visage  fermé, la mine boudeuse, attachées dans des décors de conte de fée dysfonctionnels. Yasuji ligote lui-même ses modèles mais comme il ne s'y connait pas du tout en shibari il se contente généralement d'enrouler une corde autour du torse de ses modèles, à la cowboy...
 Il attache en revanche tous ses soins à traquer dans leur visage le signe de l'inconfort : "Je leur demande de ne pas sourire, explique-t-il. Car le sourire, au Japon, est synonyme de politesse, donc de mensonge. Je préfère les modèles qui ont l'air triste, mélancolique, mystérieux. C'est beaucoup plus excitant pour moi, car j'y vois l'expression de sentiments profonds".
Par allusion à ce monde de souffrance, Yasuji Watanabe a d'ailleurs adopté le pseudonyme d'Amida Camera : l'appareil-photo du Bouddha Amida. Ses séries de bondage sont donc marquées par l'idée que nous sommes tous liés, dans cette vie aussi irréelle qu'un songe, à des passions qui s'effacent plus vite que des traces de corde sur la peau…
Le 23 janvier 2005, j'ai demandé à Yasuji de faire une séance photo spécialement pour moi. Dans le studio photo du magazine SM Sniper, il a donc fait venir une de ses modèles préférées - Kimera (Chimère), également connue sous le nom de "Murasaki Hyakuroh Kichiku Musume" (quelque chose comme "La jeune fille démon violet en colère") - et lui a demandé de boire un verre de vinaigre et de couper des oignons devant son objectif… Il fallait absolument que Kimera fasse la grimace.
C'est cette série, nommée "oignon", que j'ai publié dans l'Imaginaire érotique au Japon, comme la plus représentative de l'art de Yasuji : l'art des larmes
.
Yasuji Watanabe réalise également des vidéos SM, purs chefs d'oeuvres d'étrangeté onirique, succession de clips lents et doux tournés dans des paysages flous.
Sa dernière exposition (23 nov - 10 dec 2006), à la galerie Subterranenans s'intitulait "The portrait of innocent girls through the amidacamera". Alice à travers le miroir ?

Plus d'images et d'infos sur Yasuji Watanabe : ici.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
Lundi 18 décembre 2006
De L'Air N°29, décembre 2006 - janvier 2007






















par Copyright : Agnès Giard publié dans : L'Imaginaire Erotique au Japon
Dimanche 17 décembre 2006
Le Républicain Lorrain, 17 décembre 2006.
par Copyright : Agnès Giard publié dans : L'Imaginaire Erotique au Japon
 

Post It


Ca y est, la troisième impression (3000 ex) vient de sortir en librairie.
La seconde édition (2500 exemplaires) était épuisée depuis juillet 2007.
La première édition (5000 exemplaires) s'était envolée trois mois après la sortie du livre.

En Mai 2008, la Maison des Metallos (un grand centre culturel tout nouveau tout beau, que la mairie de Paris ouvre près d'Oberkampf) consacre une exposition majeure aux artistes du livre : on pourra découvrir leurs oeuvres originales et leurs dernières créations.

En décembre 2007,
Le LIFE (Lieu International des Formes Emergentes), centre d'art à St Nazaire,
organise une soirée sur l'érotisme japonais, avec une projection du court-métrage de Xavier Brillat
- une séance de shibari de Yukimura-san -, suivie d'une discussion avec Agnès Giard
et Christophe Wavelet (le directeur du LIFE)
illustrée d'extraits de films japonais

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shijin@free.fr
 
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