L'IMAGINAIRE EROTIQUE AU JAPON

 

Ordre de Mission

 
Samedi 20 janvier 2007
Atsushi Sakai est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.

Il est né le 17 septembre 1958
Photographe, danseur buto, Atsushi Sakai est fasciné par l’au-delà : « Nous vivons grâce aux morts » dit-il. Il publie pendant un an, dans la revue SM Sniper, des histoires en image inspirées des contes populaires et du folklore obscur de certaines bourgades montagnardes.
Des kappa et des tengu (animaux imaginaires) y croisent des exorcistes shinto et de jolies femmes ensorcelées qu'il faut parfois attacher dans des grottes sacrées ou des temples pour d'étranges rituels de purification… Des veuves déterrent le corps de leur mari mort pour lui faire l'amour. Des jeunes filles épousent des dieux-taureaux qui  les visitent chaque nuit à la faveur de l'obscurité… Perpétuant à travers ses récits des croyances ancestrales  et des coutumes antiques  comme le yobai (la visite nocturne), Atsushi Sakai ressuscite un univers animiste plein de fantaisie.
La première fois que je le rencontre, dans un restaurant de Tokyo, il me montre la photo de sa fille qui accouche. "Elle a accouché à quatre pattes, comme un chien, m'indique gentiment Atsushi, alors que je retourne la photo dans tous les sens, en essayant de comprendre ce que je vois. Le bébé est sorti plus facilement. C'est une position naturelle pour accoucher. Il faut écouter son corps et rester en accord avec la nature".
C'est la première fois de ma vie que je vois une photo d'accouchement, l'image d'un bébé expulsé par l'arrière, alors que je suis en train de manger. Mais les images d'Atsushi Sakai irradient d'une telle spiritualité qu'elles illuminent ce repas.
Atsushi est fasciné par ces femmes qui donnent la vie, et par des hommes qui sacrifient la leur pour sauver d'autres vies.
En 1983, il publie un recueil de photos intitulé "Soskushin butsu".  Les Sokushin Butsu sont les momies de moines qui ont arrêté progressivement de se nourrir pour atteindre un état de sainteté tel que leur corps, conservé dans la position de la prière, est devenu une relique sacrée. "Ils se sont  laissé mourir dans des périodes de famine ou d'épidémie, pour sauver la vie des  autres" explique Atsushi.  Il en existe 42 au Japon. Atsushi leur a tous rendu hommage dans son livre, sauf un, qu'il est interdit de photographier.
Fasciné par ces dépouilles desséchées, Atsushi essaye de leur ressembler : en 1995, il fait une série de performances dansées à Paris, Berlin et Tokyo, le corps couvert d’une poussière blanche qui l’assimile à la terre. Rester proche de la terre, proche des morts, c'est une façon pour lui de célébrer  la vie : "Nous vivons parce que nous marchons sur la terre, sur le corps de nos  ancêtres morts, dit-il.  Ils sont là, sous nos pieds. Leur tête se trouve sous nos pieds et nous porte. Nous sommes debouts, parce qu'ils ont accepté de mourir".
Là, sur la photo, Atsushi fait le signe du coeur. J'aurais dû joindre mes doigts, symétriquement aux siens pour compléter la forme du coeur, mais j'étais hum trop en joie ce soir-là.

Bibliographie de Atsushi Sakai : "L'univers de Kazuo Ono" et "Les bouddhas-momies au Japon". L'editeur francais Le Lézard Noir devrait bientôt éditer ses photos érotiques sous le titre Hyaku monogatari (Cent contes).


Plus d'images et d'infos sur Atsushi Sakai : ici
par Copyright : Agnès Giard publié dans : Artistes Japonais
 

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Ca y est, la troisième impression (3000 ex) vient de sortir en librairie.
La seconde édition (2500 exemplaires) était épuisée depuis juillet 2007.
La première édition (5000 exemplaires) s'était envolée trois mois après la sortie du livre.

En Mai 2008, la Maison des Metallos (un grand centre culturel tout nouveau tout beau, que la mairie de Paris ouvre près d'Oberkampf) consacre une exposition majeure aux artistes du livre : on pourra découvrir leurs oeuvres originales et leurs dernières créations.

En décembre 2007,
Le LIFE (Lieu International des Formes Emergentes), centre d'art à St Nazaire,
organise une soirée sur l'érotisme japonais, avec une projection du court-métrage de Xavier Brillat
- une séance de shibari de Yukimura-san -, suivie d'une discussion avec Agnès Giard
et Christophe Wavelet (le directeur du LIFE)
illustrée d'extraits de films japonais

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