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Agnès Giard

  • Copyright : Agnès Giard
  • A la croisée de l'art et de l'anthropologie, Agnès Giard décrypte la culture japonaise sous un angle inédit. Résidente à la Villa Kujoyama en 2010. Publie "Les Histoires d'amour au Japon" en sept 2012. Entame une thèse d'anthropologie en 2011
  • A la croisée de l'art et de l'anthropologie, Agnès Giard décrypte la culture japonaise sous un angle inédit. Résidente à la Villa Kujoyama en 2010. Publie "Les Histoires d'amour au Japon" en sept 2012. Entame une thèse d'anthropologie en 2011

Actualité

 

Juin 2012

Sortie du livre In-Out. La métaphore du passage, aux éditions Sancho, nouvellement créées.

 

Juillet-Sept

Recherche de terrain au Japon, pour un nouveau projet consacré aux poupées.

 

20 sept. 2012
Sortie du livre Les Histoires d'amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines (éd. Glénat). Initialement prévue pour Noël 2011, cette sortie a été repoussée à Noël 2012, "parce que Noël reste la meilleure période pour lancer un livre sur l'amour". 

 

Jeudi 27 sept. 2012

Conférence au Café littéraire du Bal des supplices, à Lyon. Horaires : 19h-20h30. Lieu : librairie Le Bal des Ardents (17 rue neuve 69001 Lyon).

 

Lundi 8 oct. 2012
Conférence à la librairie Le Vent des Routes dans le cadre du Mois de la Culture du Japon organisé par le Consulat du Japon en Suisse.
Horaires : 19h-21h.
Lieu : Rue des Bains 50, 1205 Genève, Suisse (+41 22 800 33 81).

 

Samedi 20 oct. 2012
Signature et lancement du livre Les Histoires d'amour au Japon à la librairie Humus (à Lausanne). Dans le cadre du LUFF, célèbre festival de cinéma underground tendance Japon. Horaires : 16h-19h. Adresse : 18bis rue des terreaux, 1003 Lausanne, Suisse. 

 

 

 

Villa Kujoyama

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 14:37

 

SexeBizarre-tabou.jpg

 

Réédition du livre Le Sexe Bizarre aux éditions Tabou, le 25 juin 2010, dans une version en couleur, agrémentée d'illustrations inédites et de textes supplémentaires.

 

Le sexe bizarre : qu'est-ce que c'est ?
Il y a des hommes et des femmes qui trouvent qu'un ballon rouge, c'est sexy. Ils en tirent des sensations à couper le souffle, décrivant avec ivresse l'envol du ballon entre leurs bras, puis ses « cris » quand – au bord de l'explosion – le ballon rouge grince doucement contre leur bouche. On les appelle « looners ». D'autres imaginent qu'ils sont eux-mêmes, comme des ballons, capables de se dilater avec une sorte d'exaltation onirique.

D'autres encore rêvent que les seins de leur femme se transforment en double montgolfière royale, décuplant de volume en plein milieu d'un diner romantique au restaurant. Ils imaginent que leur épouse, après avoir bu une coupe de champagne, se sent tout à coup légèrement à l'étroit. Un bouton de son décolleté saute, puis un second. Les seins enflent et leur femme s'envole ! Il n'y a plus qu'à la ramener à la maison, suspendue au bout d'un fil comme un ballon.

M. et Mme B., eux, enfilent des cagoules gonflables qui leur fait une tête de bibendum, sans orifice pour voir, ni pour parler, et se plongent – à l'intérieur de cette bulle – dans un état d'appesanteur jouissive… Certains se convertissent en poupées gonflables vivantes. D'autres se font mettre sous vide dans des lits de latex qui ressemblent à des boites Tupperware et collectionnent amoureusement des bouées en forme de Godzilla.

Il faut de tout pour faire une libido. Véritable encyclopédie des pratiques érotiques les plus extravagantes au monde, « Le sexe bizarre » dresse le tableau exhaustif des fantasmes ahurissants, loufoques ou rares qui se pratiquent à travers le monde. Autrefois entourés de secret, maintenant révélés sur internet, ces pratiques sortent au grand jour et témoignent de l'incroyable inventivité des humains. Il faut en effet avoir beaucoup d'imagination pour trouver du charme à un aspirateur ou à un stéthoscope.

Il faut aussi avoir l'esprit curieusement développé pour s'émouvoir à la vue d'une femme qui se déchausse après sa journée de travail ou d'une autre qui ouvre des boites de raviolis. Des milliers d'hommes et de femmes partagent pourtant ces goûts étranges. Il était temps de leur donner la parole et de leur permettre d'expliquer comment et pourquoi ils en sont venus à trouver séduisants des tartes à la crème. Ou des masques de superwoman.

Ils détournent les objets les plus innocents de la vie quotidienne et les transforment en adjuvants de leurs rêveries intimes. Ils trouvent dans la réalité la plus banale des éléments de stimulation, des excitants, des idées de scénarios érotiques. Même les blouses de nylon trouvent grâce à leurs yeux. C'est pourquoi leurs fantasmes – aussi absurdes et bizarres soient-ils - présentent un intérêt. Ils nous permettent en tout cas de relativiser les notres.

« La vie réelle fonctionne mieux si on lui donne ses justes vacances d'irréalité » (Bachelard, L'eau et les rêves).


Des pratiques érotiques alternatives.

La prolifération des « niches » - ces pratiques érotiques qui ne concernent que quelques centaines, voire dizaines, d'adeptes -, reflètent la nouvelle donne du XXIème siècle : il n'existe plus de norme en amour, mais une incroyable diversité de comportements. La croyance en une sexualité « médicalement bonne », partagée par une majorité d'être humains « conformes », a été battue en brèche par les psychologues, les sociologues et les historiens. La notion même de « perversion » n'est plus reconnue par le le DSM (Diagnostic Statistical Manual of Mental Diseases), qui sert de référence mondiale en matière de psychiatrie.

Le nouvel ordre sexuel mondial, c'est le désordre des sens. Coïncidant avec l'explosion des modes et des tribus à l'aube du nouveau millénaire, ce phénomène en pleine explosion méritait qu'on l'analyse sans jugement. Refoulées aux marges de notre culture, des pratique nouvelles apparaissent chaque jour sur internet, attirant tout de suite à elles des curieux ou des amoureux attirés par un scénario érotique bizarre autant que surprenant. Infinies variations du plaisir, elles se démultiplient à une vitesse exponentielle, témoignant d'une relative libération des mœurs.

Sous des formes plus ou moins spectaculaires, la sexualité est devenue un terrain d'action. Des milliers de rubber-lovers se rassemblent chaque mois lors de « bals » londoniens pour communier dans l'amour du latex. Des millions d'amateurs de talons-hauts se rassemblent sur le web, pour partager leur conception du couple « moderne » : l'homme est dessous. Des amateurs de « Pony-play », harnachés comme des chevaux, paradent fièrement lors de défilés appelés « Pet-Pride » ou « Dressing for Pleasure ». Autrefois considérées comme des déviances, les pratiques sexuelles hors-normes ont désormais leurs leaders, leurs artistes et leurs militants et se ramifient par familles en une infinité de tendances souterraines.

Il y a des hommes qui aiment les doigts de pied, d'autres les mules noires, certains aiment voir les jambes dans le plâtre et d'autres les femmes au volant quand elles poussent l'accélérateur à coups de talons insistants. Il existe même un club de fantasmeurs très particuliers qu'on appelle les “Pedal Pumpers”. Certains ne sont heureux que lorsqu'il voient des souliers à talon blanc sur les pédales d'une Corvette 1959. Il faut obligatoirement que les souliers soient blancs.

Parce qu'elles sont extrêmement pointues, précises, proches de la mono-maniaquerie, ces pratiques érotiques peuvent sembler isolées. Elles témoignent pourtant de cette propension, toute humaine, à transformer le monde qui nous entoure en source de plaisir. Les objets que nous achetons – chaussures, meubles, appareils d'électroménager – véhiculent souvent d'autres valeurs que leur valeur purement marchande et correspondent souvent à des besoins autres que fonctionnels : besoin de beauté, besoin de plaisir.

Caressant le frein à main qui ressemble à un genoux, beaucoup de conducteurs parlent à la première personne et disent « je braque » ou « j'accélère » comme si la voiture faisait partie de leur corps. Leurs zones érogènes se sont subtilement déplacées sur toute la surface de contact avec l'habitacle de la voiture qu'ils investissent d'une charge sensuelle.

Alors que la science tend à nous déshumaniser, en morcellant notre corps comme un jouet en kit dont les organes seraient interchangeables avec des organes artificiels, alors qu'une certaines idéologie de l'apparence siliconée nous désensibilise et nous anesthésie, en nous faisant porter nos jambes, dos ou pieds, muscles, et même nos sexe comme des postiches, l'objet, lui, nous permet de reprendre possession de nous-même, et de reconstruire notre unité perdue.

« L'orthopédie va par degrés, explique Michel Serres : de la fausse dent au membre fantôme remplacé par un crochet, de l'œil en verre au vagin de matière plastique… L'objet s'intègre au sujet. Le sujet s'approprie l'objet, comme une greffe, avec ou sans rejet ». Pour beaucoup, la greffe prend si bien qu'elle ouvre un monde de sensations nouvelles, jouissives, explosives.

Livre d'art insolite, "Le sexe bizarre" fait le catalogue de ces étranges objets de désirs.


La perversion n'existe pas

Dénoncée par la majorité des médecins et des psychologues comme une notion périmée, la « perversion » repose sur le présupposé suivant : il y aurait des actes correspondant à une sexualité médicalement bonne et des actes « pervers » dénotant une sexualité anormale que l'on devrait soigner.

Mais qu'est-ce qu'une sexualité anormale ?  Les médecins qui inventent cette notion au XIXè siècle, y regroupent des pratiques aussi différentes que le baiser, la masturbation, le sado-masochisme ou la position en levrette… Pour eux, la « perversion » désigne tout ce qui ne relève pas directement de la fécondation.

En 1882, dans Psychopathia Sexualis, l'inventeur de la sexologie - Krafft Ebing - recense plusieurs dizaines de cas cliniques de « malades sexuels ». Pour définir la perversion, Krafft Ebing part d'une norme : la pénétration vaginale, seule forme de sexualité admise par l'Eglise et l'Etat.

« Le membre viril est destiné à être introduit dans le vagin ; c'est indiqué par sa position et sa forme », affirme Krafft Ebing. Sous prétexte qu'anatomiquement, le phallus ne serait compatible qu'avec l'utérus, les médecins de l'époque condamnent la fellation et la sodomie.

Certains comme Ambroise Tardieu avancent même que ces pratiques contre-nature entrainent des malformations du pénis ou de la bouche ! Pour donner à leurs théories une apparence scientifique, ils font l'inventaire des plaisirs qu'ils appellent des « désordres » et posent en étalon la position sexuelle politiquement correcte : La position du missionaire.

« La position de l'homme couché sur la femme a toujours paru normale dans notre civilisation, remarque Yves Ferroul, professeur à Lille d'histoire de la sexologie. Mais la rencontre d'autres civilisations a montré qu'il n'y avait là rien de naturel ». Dans certaines sociétés d'Afrique ou d'Amérique, les partenaires se couchent en effet sur le côté, face à face et aucun ne peut prendre sans scandale le dessus sur l'autre.

Mais notre culture judéo-chrétienne n'admet pas que la femme puisse avoir d'autre rôle que passif et soumis dans l'amour. Elle n'admet pas non plus qu'un homme se fasse chevaucher. Au XIXè siècle, et même encore à notre époque, aimer cette position est un symptôme de perversité.  Pour Krafft Ebing, éprouver du plaisir en abandonnant le rôle actif à la femme ne peut être que le signe d'un tempérament masochiste, voire d'une nature homosexuelle !

Un homme, un vrai, ne doit pas subir les caresses, ni la langueur, ni l'émotion. Ce n'est pas viril. Et malheur à lui si, par-dessus le marché, il éprouve du plaisir en regardant sa femme (voyeurisme), en respirant son odeur (fétichisme), en lui mordant l'épaule (sadisme) ou – scandale - en lui faisant l'amour plus de deux fois par semaine (satyriasis) !

On le voit, le mot « perversion » n'a jamais eu d'autre réalité que morale et normative. Hélas, la morale a la vie dure. C'est seulement depuis 1974 que la masturbation ne fait plus officiellement partie des perversions recensées par le DSM (Diagnostic Statistical Manual of Mental Diseases).

L'Organisation Mondiale de la Santé ne supprime l'homosexualité de son chapitre « Troubles Mentaux » qu'en 1992.

Aujourd'hui remplacée par la notion - plus présentable – de « paraphilie »  (« activité sexuelle inusitée pas nécessairement dangereuse »), la perversion reste un mythe persistant de notre société.

De nombreuses pratiques – autrefois considérées comme pathologiques - sont passées dans les mœurs, mais certains fantasmes restent stigmatisés : on continue d'appeler « malades », « déviants », « pervers » les amateurs de chaussures à talons hauts ou de déguisements érotiques.

Pourquoi ? Parce qu'il nous faut des « boucs émissaires, facilement repérables par les gardiens de la société, explique Yves Ferroul. On n'aurait plus qu'à mettre ces gens-là à l'écart du groupe, de sorte que tous les autres sauraient qu'ils sont normaux et hors d'atteinte de toute contamination ».

« De vrais pervers existent, conclut Yves Ferroul. Ce sont des femmes qui ne respectent pas la sexualité de leur conjoint. L'absence de toute complicité, de petites remarques comme « C'est bientôt fini ? », « encore aujourd'hui ! », « oui, mais vite fait » détruisent très vite la personnalité de leur compagnon. 

Sont également pervers dans leur sexualité les hommes qui harcèlent leur compagne de leurs demandes sans tenir compte de leurs volontés et les amènent à perdre le goût du plaisir… ».

Note : Yves Ferroul est l'auteur de « Médecins et sexualités », un livre qui recense toutes les tentatives menées – particulièrement depuis le XVè siècle - par les théologiens et les « savants » pour légiférer les désirs.

Le Sexe Bizarre
publié aux éditions du Cherche Midi (Paris, 2004). Réédité aux éd Tabou (en juin 2010) dans une version réactualisée, en couleur, agrémentée de deux nouveaux textes.


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