Il existe au Japon des spectacles bizarres, inspirés de dessins animés - les Kigurumi – et qui, détourné par des fans appelés « dollers », consiste à se travestir pour le seul plaisir de l’exhibition. Les fans de kigurumi créent leurs petites tenues avec une passion qui touche au pop-art underground bizarre : ça les excite de se transformer en héroïnes 100% sexy. Pour y parvenir, ils se glissent d’abord dans un collant rose saumon, très moulant. Par-dessus, ils enfilent une cagoule de latex en forme de visage manga. Cette cagoule nommé « animegao » (visage d’animé) a d’ailleurs fini par désigner leur pratique érotique, mélange d’auto-bondage, d’isolation sensorielle et de transfert d’identité. Quand ils passent leur tête dans ce masque, les voilà brusquement dans la peau d’une love-doll ! Ils n’ont alors plus qu’à vivre la vie merveilleuse d’une jolie héroïne aux poses répétées des milliers de fois devant le miroir… « J’ai toujours rêvé d’être une héroïne de dessin animé. Depuis dix ans, chaque fois que possible, je porte une tenue érotique qui me recouvre de la tête aux pieds. » Sous le nom poétique de Neko Yumekuri (« le chat vêtu de rêve »), X., informaticien de la banlieue de Tokyo, troque régulièrement son corps d’homme japonais contre celui d’une fille-loup aux grandes oreilles et aux cheveux violets. « Dans cette tenue me voilà transformé en Myu Zakuro, explique-t-il. C’est l’héroïne d’un dessin animé très connu : Tokyo mew mew. Elle porte toujours des vêtements sexy (j’en ai trente différents !) mais c’est une fille plutôt intello sous ses dehors de pin-ups. Quand je me déguise en Myu Zakuro, les gens me traitent comme si j’étais elle. Ils sont très attirés par moi ! ».
Neko Yumekuri est un des artistes du livre L'Imaginaire Erotique au Japon.
J'ai fait sa connaissance en septembre 2004, par l'intermédiaire sur internet de Closet
Monster, un Américain avec un goût très particulier pour les identités dermiques de rechange. Je n'ai jamais vu le vrai visage de Neko-chan (elle me demande de l'appeler ainsi). "C'est un tabou" dit-elle. Depuis 2006, elle refuse même de participer au Comiket (une des grandes conventions manga, où se réunissent chaque année un millier de cosplayers), car on demande aux membres de sa communauté de venir à visage découvert et de ne se changer qu'une fois à l'intérieur du Tokyo Dome… Crime ! Neko refuse d'apparaitre à découvert, sans son masque. Comme elle, les dollers se réunissent désormais entre eux, lors de soirées qui rassemblent un nombre croissant de créatures de rêve. Leur but : incarner la petite copine idéale, une fille de celluloïd totalement irréelle. « Ils troquent leur corps de chair et d’os contre une identité imaginaire, un idéal féminin de programme audiovisuel ».
Neko Yumekuri vous souhaite une année 2007 de fiction et de trouble.
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par Copyright : Agnès Giard
publié dans :
Reportages Japon
Créée en août 2006, l’agence Maid in Tokyo - la seule et unique agence touristique strictement réservée aux otakus – offre pour 70 euros les services d’une jeune fille servant de guide et de traductrice dans le quartier le plus dérangeant de Tokyo : Akihabara.Un vrai labyrinthe pour les non-initiés. 500 mètres carrés de féérie totale. Plus de 1000 boutiques - remplies à ras bord de BD amateur (dojinshi), de jouets anciens, de tenues Sailor Moon ou d’électronique -, dont la plupart se cachent dans les hauteurs, au détour d’escaliers étroits, tapissés d’affiches suggestives… Cette ruche en ébullition, représentant plusieurs dizaines de millions d’euros de bénéfice par an, accouche sans cesse de tendances marketing ahurissantes. Dans la rue, c’est le show permanent : de spectaculaires performances urbaines transforment Akihabara en scène de théâtre. Il faut une spécialiste pour déblayer le terrain. Habillée en soubrette, Mao, une authentique otaku de 23 ans, guide ses troupes dans ce quartier-cyclone.
Vous cherchez des maid-bars, où les serveuses - habillées en soubrettes - appellent les
clients "goshujin-sama" ("maître", le terme employé autrefois par les épouses pour s'adresser à leur mari) ? Mao connait aussi les maid-restaurants, maid-salons de coiffure, les maid-salons de massage et même le seul et unique maid-service de lecture des cartes par des voyantes extralucides habillées en soubrettes… Vous cherchez des figurines à taille humaine ? Mao sait où se trouvent celles de Monsieur Bome qui (au sein de la Kaikai Kiki Corporation de Takashi Murakami) a exposé ses œuvres au British Museum et à la Fondation Cartier à Paris.
Vous cherchez la célèbre machine distributrice d'oden en boite ? Il en existe une seule à Akihabara, et elle rapporte 10 millions de yens par an. L'oden est un ragout composé de daikon (gros radis), de konnyaku (gélatine tuberculeuse), d’oeuf de boeuf et de surimi.
En août 2006, lors de mon reportage sur l'agence Maid in Tokyo, nous nous sommes fait aborder par un des otakus les plus célèbres du Japon. Son site AkibaBlog génère 100 000 visites par jour. Il passe sa vie à l'alimenter d'infos inédites qui sont reprises par tous les médias. Il était à la fois très flatteur et très surprenant d'être interrogé par ce garçon un peu paranoïaque, qui refuse d'être pris en photo et pose sur le visage de tous les passants d'Akihabara l'équivalent otaku du carré noir : le célèbre logo créé par Masamune Shirow pour Ghost in the shell : Stand Alone Complex.



Maid in Tokyo : guide, accompagnement et traduction. Maximum : 3 personnes.
Tarif : 10 000 yens (70 euros) pour une journée de visite, de midi à 17h. Visites en week-end et jours fériés.
Destinations : Akihabara ou Nakano Broadway.
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par multiples
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Mes reportages, et les images qui vont avec, sont disponibles pour tous supports presse et audiovisuel.
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